Monétiser l’accès aux « autres comptes » : une idée anti-GDPR

Ils étaient prévus dans le standard d’API STET, et retirés suite à la pression de ses actionnaires, représentent 80% des comptes agrégés, et sont exploités par les trois quarts des clients de l’API de Budget Insight (dont les banques elles-mêmes) : ce sont les « autres comptes », les comptes qui ne rentrent pas dans le périmètre de la PSD2.

Si la PSD2 impose que l’accès aux comptes de paiement soit gratuit et ne fasse pas l’objet d’un accord contractuel bilatéral, rien n’est précisé concernant la richesse que constituent tous les produits bancaires d’épargne, de crédit, d’assurances vies, de comptes titres, etc.

Et c’est là que l’idée opportuniste a émergé chez certaines banques : « et si on monétisait l’accès aux autres comptes ? ».

Il ne faut pas se tromper, quand on parle d’OpenBanking, on ne parle pas de l’accès aux données bancaires de la part de tiers pour les exploiter à diverses fins, à l’instar de l’OpenData. On parle de la possibilité pour un client bancaire de disposer de ses propres données.

Même si la PSD2 n’était pas passée par là, le GDPR est suffisant pour décrire le fait que tout service commercial, incluant les services bancaires, doit offrir le principe de « portabilité » de ses données, que ce soit par API ou non, et légitime complètement le scraping si il a vocation à assurer cette portabilité.

Dès lors, monétiser l’accès à des API de portabilité de données est complètement farfelu.

Ca l’est d’autant plus, que ces comptes seront certainement bientôt à inclure dans les API dans les mêmes conditions que le sont les comptes de paiement. Des travaux à l’échelle européenne et à l’échelle nationale (dirigés par l’Inspection générale des finances) sont effectivement en cours pour l’ouverture des données des comptes épargne.

Le premier ministre français, Édouard Philippe, a abondé en ce sens en déclarant, le 5 mars, depuis la Place de la Bourse, qu’il souhaitait « faciliter l’accès des Fintechs aux données des comptes bancaires des clients qui le souhaitent », notamment pour leur permettre de « plus aisément réaliser des offres de gestion d’épargne ».